SOIT   AUFTAKT

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Bien des choses doivent être balayées d'aveuglement pour tenter aujourd'hui la position d'un nouveau dans le monde. Et c'est aller aux fonds derniers de l'inconscience que de faire de ce nouveau une entreprise à laquelle un certain nombre s'invite, et la rend collective et commune.

Nous nous réclamons de cette extrême inconscience, qui faisons œuvre qui ne tient pas debout. C'est marcher sur la tête que de se faire nouvel huguenot, de nicher à Berlin une envie impossible d'être plusieurs à apprendre à penser et sentir. De s'en prendre aux langues, aux nations, aux genres, aux goûts, mais surtout aux errances de tous, pour puiser un peu de la force et beaucoup de l'insouscience nécessaires à maintenir le monde à l'envers, l'espace de quelques fulgurances qui le donnent en beauté et en vérité.

Imagine-t-on encore aller à lui tout droit, ce monde qui ne cesse de rentrer en lui-même comme une sphère qui se fait tore, puis nœud, puis bouteille à entrée sans sortie? Imagine-t-on penser ici en allemand, là en français, ailleurs en russe ou en bengali? Imagine-t-on s'épuiser en de longues élucidations pour faire dialoguer des différents, comme s'il restait une once de semblable encore dans l'identique? Imagine-t-on un moment une autre position du penser et du sentir que celle où tombe en morceaux rabougris et marrants toute cette bienveillance pensante qui se définit d'être contre tous les maux et pour tous le biens?

Cherchons donc, cherchons: Où courir, où parler, où rire, où toucher, où se mêler qu'il en reste en nous un point et une barre, une articulation, d'où se soulève un petit pan des milles manteaux de notre monde?

Qu'elles sont nulles nos manières d'y loger, si inconvenantes pour ses torsions et ses vastitudes, celles qu'il semble se prêter exprès pour nous faire éclater la cervelle comme, sous la dent, la coquille d'un bébé escargot perdu dans les feuilles d'une salade servie fraîche à croquer. Oui, il est si dur et éprouvant de maintenir son crâne dans ses jointures à la face de ce spectacle d'ahurissements sans fin. Perspectives qui coupent le souffle parce qu'elles ne vont jamais, quand leurs parois défilent à des vitesses magiques, butter contre un point qui arrête leur fuite au bout de leurs rétrécissements.

Où loger sinon à des lieux babéliens et les rendre encore plus, radicalement, expérimentaux? Inversons la question: conçoit-on des lieux qui ne le sont pas et y élire demeure et se bercer d'une digestion l'autre dans leur semblant? Conçoit-on l'ennui étalé autour de nous partout où Babel n'atteint pas son éclat radical, conçoit-on continuer de le brouter sans fin? Conçoit-on de faire de son hyperactivité la sienne, de ses candidatures, ses programmes, ses commissions, ses évaluations, ses croissances, ses succès les siens? Que tout est merveilleusement bien à sa place, et que pour l'amour de Dieu et par un acte exprès de sa mansuétude il y reste, pourvu qu'elle se quitte.

Nous sommes quelques uns en qui ce quitter a mûri et pour qui, par une grâce des puissances de l'air, un lieu s'est fait faveur et inspiration. Il a fait grandir nos écarts et vaincu la timidité première qui tentait de les rendre discrets. Contre nos pieux efforts de limer des verrous qui ont sauté et de rendre inaudibles des déploiements à peine osés à vue des cordées populeuses et dormantes du savoir, il nous a rendu, de lui, babéliens, et de tout autre attache a décapé en nous les rouillures. Sur les tringles du bord il a fait claquer l'un après l'autre nos mousquetons et nous a lâchés en grappe dans le ciel. Il est l'artisan de ces dessanglements et le fauteur de ces libertés de dérive. C'est une scène enfin qu'il nous a apprêtée où ne subsiste rien des redondances du semblant. Il nous fait sur elle tout expérimentaux.

Faut-il expliciter de quoi nous faisons rupture? Ou plutôt vers quoi s'oriente notre expérience?

La rupture se fait d'abord de ce qui résiste au rire.

Ensuite de ce qui est monolingue, et qui des deux composantes du mot fait les usages les moins drôles.

Ensuite de ce qui est académique et qui du mot fait jaillir un parent: endémique, comme la virulence de certaines mycoses.

Ensuite de ce qui fait projet, et qui est en progrès, qu'une benête ou un benêt expose devant des auditeurs élevés aux meilleures manières de l'écoute, qui, rituellement, en éprouvent fascination et posent à l'expert(()e()), avec la politesse la plus anglicane, des questions chuchotantes, se permettant même parfois de s'élever, pardon! à l'egocentrisme de remarques, qu'ils précisent au départ en être et ne se vouloir en aucun cas trop longues.

Ensuite de ce qui est institution et n'est dans ses équipes, ses interphones, ses porte-manteaux, ses machines à café, ses fontaines américaines, ses chiottes, ses plats achetés dans des barquettes chez le chinois d'en face et dont on rapporte trois de plus pour des collègues, que l'état densifié d'hypocrisies gazeuses et l'épaississement d'un mensonge toujours en travail comme d'un intestin grêle les lentes et sourdes contractions.

Ensuite de ce qui a un financement et s'en targue et ne finit de s'en féliciter comme du sujet le plus légitime de l'encensement; que rien n'éveille au naïf détour dans la caverne des ombres lurides où tout ce qui brille est or et tout ce qui est or brille.

Ensuite de ce qui aime l'art et qui ressent un besoin naturel et urgent, inajournable tellement il presse, de courir à travers ses halls et ses installations, d'en préférer, sans doute, les plus extravagants, et de là, doublant sa hâte, aller directement au petit lieu de sa vie et de sa pensée où, fraîches encore, ces grandes gorgées d'art feront les grandes gerbées de son miel.

Ensuite de ce qui aime le cinéma et ne sort de l'adoration de ses œuvres et de ses dieux que pour retomber aussitôt dans les proskynèses, oh! si audacieuses, où un regard furtif s'élève d'une face touchant terre et se porte, un brin soupçonneux, vers le museau suave d'une vache sacrée dont une corne, sur sa pointe, a ébréché sa dorure.

Ensuite de ce qui se dit européen et s'y installe comme dans un siège en bambou tout rond où le corps flotte, hormis le cul, comme une tranche d'orange sur un cocktail mousseux, empeluché d'un global chic, navigant tous frais payés entre les belles langues et villes du vieux monde, ouvrant ici et là, partout, les vannes de ses fontaines oraculaires où un badaud, journaliste de préférence, a glissé d'une main hésitante, oui maladroite, un bout de papier déchiré d'un calepin intime où il a tracé sa question grisante sur la culture de l'Europe et les coopérations qui s'en imposent – s'attendant, certes, humblement au déchaînement du flux de toutes les langues de bois du continent, mais toujours pris au dépourvu face à la véhémence du jet.

Ensuite de ce qui se dit occidental et s'ensavonne les oreilles, s'éclaircit la gorge, se frotte la peau entre les orteils et se brosse les dents à blanchir virginalement son sourire tendu, carnivore, entre les muscles sculptés de mandibules s'élargissant jusqu'à déborder le cou tauresque, d'une même pâte "-frice" qui, c'est selon, s'épaissit ou se liquéfie au frottement, mais qui ne sert toujours qu'à prévenir un "choc", des civilisations, menaçant, paraît-il, l'émail d'évier neuf d'une bêtise claire comme eau qui y coulerait, cependant, centenaire, sans y laisser le moindre voile.

Ensuite de ce qui n'a d'accent que d'apprêt et d'emprunt parce qu'entre ses lèvres et son ventre sa voix n'a nul endroit où se poser qu'un œsophage peut-être, lisse à avaler toutes les couleuvres qu'on aimerait tant voir à la télé, par la grâce d'un procédé ingénieux, s'engloutir comme de fines anguilles-spaghettis dans les générosité d'un estomac spécial, fait exprès pour enfouir l'enfoirage continu de 800 chaînes qui transmettent le monde.

Ensuite de ce qui ne fait plus de différence entre hommes et femmes par un souci tellement tendre d'une égalité qui les rapproche et les réconcilie qu'on en verse des pleurs, sur tous les torts passés, et qu'on en vienne aux aveux, aux regrets, aux repentances, faisant chœur, philharmonie universelle montant en larges volutes à l'empyrée d'un immense vestiaire où tous les tabliers de cuisine de l'histoire seront raccrochés à jamais et à nul usage, sinon celui, rétributeur, d'hommes contrits et sincèrement ménagers.

Reprenons, avant de clore, la rupture citée en dernier, la majeure: Ensuite de ce qui ne fait plus de différence entre hommes et femmes tellement la vue, comme si elle buvait le lait de toutes les feuilles d'un immense figuier, est chiche, qui ne voit pas la crucifixion des sexes quand on tente de les jointer sur toute leur longueur et parallèlement; ni comment l'un alors emprunte l'autre pour se barrer d'un bois sur lequel il s'étend, écartelé des membres, tête en bas, le sexe au centre et à l'air, privé même de la supplication qui se marmonne par-dessus les tourments.

Faut-il dire que cette énumération de nos éloignements est si peu complète qu'elle pourrait s'égrener encore longtemps sans approcher le dernier grain de son joyeux rosaire. Rosaire aussi des douleurs, mais fervent de l'amour de ce qui est et qui nous vient d'une antique éructation de la sibylle, vibrante encore à retentir vers nous la rumeur d'années par milliers. Cela, un penseur à Ephèse le disait par fragments.

Redisons donc que tout est merveilleusement bien dans l'ordre et à sa place; que la figure du monde qui est la nôtre aujourd'hui est là nécessairement et que, pour la plupart, il est difficile de lui trouver une rechange qui vaille mieux qu'elle; mais qu'elle presse, pétrit, forme, insuffle et nourrit d'une très forte nécessité, modelante plasticisante, animatrice, les anti-figures de sa fuite, souvent hilare.

Disons enfin que notre expérience, si elle est joyeuse et disruptive, est du plus grand – le mot ne pouvait que tomber – sérieux. Mais un sérieux pour lequel ni contre lequel on ne peut rien, qui vient des choses quand elles demandent à se penser et se sentir dans des horizons qui se sont curieusement soulevés et noués sur eux-mêmes; où fondamentalement les pensées ne sont pas pensables jusqu'au bout et où les surfaces de l'affection se font si étendues et résonantes que le sentir semble perdre toute déterminité.

Disons aussi qu'une antique question s'héberge dans notre expérience, qu'elle s'appelle formation, d'un double sens où le technique de l'apprentissage (d'un art ou d'une lettre – cela devrait se dire –) voisine l'imprécis d'une paideia qui parfois va aux plus jeunes, mais toujours va là où une Bildung est émergence, dans la matière de l'homme – mais qu'est-ce? – , de figures plus accomplies et plus belles.

Et c'est finalement autour de cette question que le foison de notre expérience prendra du poids et de la teneur. Une certaine gravité aussi, qui sans doute lui nuira. Mais qu'est une expérience sans nuisance, heureuse qu'elle peut être de ne l'avoir ici que de l'épaississement d'un travail qui croît en elle pour ainsi dire végétalement et lui donnera un jour, nécessairement, la visibilité, cela serait un vœu par exemple, d'un hêtre, et le poli de ses écorces.

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'des(o)it'.

 

Tant dénoter l'être que ses retraits est dans la langue une difficile entreprise.

Il y a toujours un flottement quand de quelque chose on affirme l'existence, du fait qu'à son être complet dans l'esprit une telle affirmation n'ajoute rien, sinon que c'est; il y a bien du vague dans les modalités de l'être, la nécessité, l'intensité, l'optativité, l'itérativité, la privation,…

Comment dire qu'une chose n'est plus, qu'une autre veuille, puisse être, ou encore cesse d'être, n'ait plus à être; tout en restant, dans ce dire, à même le "verbe" qui désigne l'exister?

De simples adjonctions y suffiraient-elles? A être (esse) faire pendant d'un inêtre (inesse), un abêtre (abesse), un puissêtre (posse), un désêtre ou un dé-être (deesse)?

Ne souhaiterait-on pas disposer de moyens plus pollents, moyens modelants, violents, "effectuants", faisant effet et torsion, imprimant un "tour", un trope dans le corps phonatoire même du mot? Des inflexions, des infixations, des intonations, des amuïssements, des modulations en somme transformatrices de sa matière articulatoire même, qui lui donneraient les allures les plus insolites, pour dire les nuances vibrantes en lui des variations de ses degrés et de ses modes: (m)Aitre, (f)aître, (r)etre, estre, (h)e(p)tre, èètre, ^tr, ēre et une barre oblique dessus, etc.

La langue entière et ses moyens de description et de narration, de deixis du monde, ne semblent être là que pour délayer et se substituer à ces "effectuations" en un verbe des différentes "ombres" (dirait l'anglais) de son sens. De telles "effectuations" sont, en effet, trop drastiques. Elles ressembleraient à ce "ferme aboi dans les âges", dont parle le poète, et que l'humanité parlante pousserait. C'est pourquoi d'elles-mêmes elles demandent distension, dilution, extension, articulation détaillante et surtout contante.

Le sens est narratif ou n'est pas. Il joue de faits, de temps, de propos, de poursuites, leur empruntant des fils le long desquels il se délie et s'explique. Il est il-lusion, un jeu dedans ces "ombres" denses et fermes, aspirant à l'éventement.

Tout le dire qui s'épanche et se perd dans le conte et la palabre, en ce murmure incessant qui bespeak() le monde et le fait apparaître, n'est autre que l'élargissement de cette modulation brute de l'articulation dans des flux de parole qui diluent l'exister. La parole sort l'exister de la sténie de son acte, de son ramassement dans un acte respirant et phonant. Elle détaille ses modes dans les figures et les séquences d'un divers distribué en des paysages et des objets alentour.

 

Au moment de passer de 'soit' (sit) à sa privation ('des(o)it'), cette réflexion sur le dire des modes de l'être est une bonne entrée dans la matière et l'événement d'un retrait. Une chose cesse qui n'était pas, mais s'appelait à être. Comment cela se fait-il? N'est-ce pas un passage d'un (encore) rien à (toujours) rien, d'une inexistence à une autre, sans nul enjeu et nul avènement? Ce qui a failli à entrer dans l'être peut-il s'en retirer?

'Soit' se voulait l'invite d'une aire où souhaitait exister et se transmettre un penser que l'aujourd'hui, en ses radicales nouveautés, demandait. Un penser réfléchissant sa propre exigence dans un sentir et dans de nouvelles formes de clôture du monde sur des altérités en déclin et des sphéricités rentrant en elles-mêmes.

'Soit' s'est fait pari pour cela d'une réunion d'esprits et d'âmes en un lieu et s'est laissé aller à une rêverie. Celle en somme, naïve et niaise, de l'existence en l'acte de plusieurs d'une société d'intentions et d'efforts où les beautés d'une Bildung et les croissances végétales de ses branches et de sa couronne formeraient un enclos et sa prospérité.

Il est temps de reprendre de la vraie latitude et de clore cette closerie, trop facile tentation et un illusionnement s'offrant avec trop d'insistance pour qu'on y puisse résister avec l'énergie qui est par là requise.

Il faut revenir à la sobriété première de l'être à part elle-même de toute articulation, de sa suffocation dès que se fait présence en elle un sentir trop exigeant du monde.

Voilà. On enlève le stand, on plie les tentures, on serre les tringles, on remballe la marchandise.

On va ailleurs? Sans doute que non, mais d'abord être à la place vide, passer la main sur le carré de terre qui en fut occupé, sentir sa vacance et l'impossible de son idée.

L'expérience qui vient après la dissipation du souhait d'être d'une illusion, et avec lui de tout l'illusoire qui s'y est répandu, est bien plus dure et plus astreignante que celle de la déception elle-même. Après la levée du mirage, on ne retourne pas simplement à l'état qui l'a précédé. On va de l'avant, après lui, vers l'expérience de ce qui n'en reste pas. Le rien restant, c'est ce qui dès lors inlassablement sera recherché et qui répétitivement s'esquivera: ce sont les promesses articulatoires qui seront senties comme ne restant plus, comme définitivement quittées, et qui laissent celui qui reste avec le rien qu'elles laissent, dans l'incapacité d'articuler.

Il s'agit ainsi de l'expérience d'un délaissement derrière des rêves d'actes, d'actes les plus vibrants, des seuls qui guérissent le cœur de tout ce qui l'oppresse. Rester alors dans l'enceinte d'un penser-sentir qui coïncide avec les parois du dire interne d'un individu, de ses ébauches d'articulation, de ce qui se projette en lui de sens pour s'articuler à l'adresse d'un entendeur et d'y trouver son salut; rester dans cette enceinte avec le rien des promesses retombées de ces actes du vrai dire, c'est rester avec une articulation qui s'étouffe dans son ébauche et se renonce aussitôt au défaut d'un "homme à qui l'on s'adresse".

Cette expérience est forte. Elle a quelque chose d'ultime et la violence de ce qui est au bout de tout compte. C'est n'est que dans ce genre d'ensevelissements que s'espère contre toute espérance, et il semble que la vie n'atteint à ses noyaux, ceux qui se broient et se mâchent dans la dernière amertume, ceux dont les sucs la font sortir du corps dans les derniers vomissements; il semble que la vie n'atteint à eux que quand elle forme en elle ce genre d'espérance. Il faut que l'homme soit enseveli très profondément pour que germe en lui un "contre tout", quelque chose qui le dépouille de tout ce qui en lui est ressource, pouvoir et, minimalement, la primaire capacité de l'acte vif d'un détaillement articulatoire du monde qui déploie de celui-ci l'apparition et la clarté.

Il a été trop tentant de se laisser séduire par la blandice d'un lieu et d'une clique. L'affaire est malheureusement plus sérieuse que cela. Elle veut qu'on aille au tout et ne laisse plus place à l'amusement. Elle le dit avec ce qu'elle est devenue, avec sa station dans le pré-être, son aller-retour en lui. Elle le dit avec son propre désappointement.

C'est un combat sans délivrance qu'engage celui qui retombe dans son propre souci rien qu'en lui emmuré. Il faut, dans la montée des nappes noires qui recouvrent tous les traits des terres en bas et l'obscurcissement du ciel par une éclipse de tous ses astres voilant les espaces d'en haut; il faut résister à la transmutation dans l'âme du rouge et de l'or du vivace de son sentir et de son penser en la bile verte et noire d'une mélancolie.

Il semble que partout le restant de tout ce qui s'évide par le lent travail de l'aise indéfiniment continuée; de tout ce qui choit des entreprises les plus prospères et les mieux tendues en le désir du sujet; de tout ce qui se distend et lâche des liens qui font le vivace des élans de l'homme, jamais ne se figurant seul en eux; de tout ce qui d'un souhait est appelé à être – aietre voudrait-on dire, imaginant inventé dans la langue un infinitif du subjonctif; il semble que partout ce restant laisse avec le déversement de cette encre épaisse, toute la noirceur du monde exsudée en un chyle ennoyant le sujet esseulé.

L'expérience 'soit' s'intitulait d'une flexion de l'être simple en un être modal, tension d'un uniment être en un pré-être appelant avènement, exprimée par une violence faite au corps phonatoire du mot: attaque consonantique vive et sifflante, diphtongue courte, faisant pirouetter deux voyelles l'une sur l'autre, allant butter sur une dentale dont la prononciation, contre l'usage, s'impose, mais s'enlève aussi et se fige comme la baguette d'un dirigeant qui coupe et suspend en l'air la volute des derniers sons – baguette suppléée imaginativement, dans la graphie qui s'ingère irrésistiblement ici, par un point d'exclamation, la plus claire des buttées qui, de plus, a même allure, comme un dédoublement, que ce t final, mais renversé et accolé au plus près.

C'est cette tension qui, précisément, s'affaisse et ne se laisse plus restaurer dans la chose. L'être ne se laisse plus fléchir à accorder l'espace illusoire d'un acte de plusieurs dans l'avenue du penser. Il revient toujours inflexiblement à un rien restant qui ferme définitivement les ouvertures pensantes du sujet et étouffe son articulation. Il semble s'être définitivement séparé d'un mode subjonctif qui faisait sa tension de désir, d'invite, d'imagination et d'insinuation d'un changement dans le monde.

L'être est en puissance d'une extrême inertie qui colle ses possibles déploiements aux stations de son autarcie la plus indigente. Il est comme un corps sans balancement. A ses plus grands efforts de se mettre en branle répond une torpeur interne, celle de l'engluement en soi de ce qui, à travers toutes les stases de sa durée, ne vit que d'un acte de patience ou de patientement – devrait-on dire; d'attente que par le simple passage du temps et de la continue non inscription sur ses plans de quoi que ce soit d'advenant, il en arrive à sa fin de s'être tout dépensé à n'acheter que simple duration, se suffisant d'être, de se tenir à l'intérieur de soi, sans mouvement.

Il faut sans doute accepter cette condition d'impuissance, d'incapacité de l'être à se charger d'une tension qui, en le mettant, par une inflexion imprimée à son acte, à l'étroit à l'intérieur de lui-même, en fasse le ressort d'un élan hors de cet acte à part soi et de son suffire à soi. Il faut donc accepter de renoncer à cet élan qui fait les joies du vivre et de sa dépense, du débordement constant vers les choses, de l'insouci et du mouvement. Le déni de cet élan est la condition la plus contre-naturelle qui soit et la plus malaisée. Les ailes collées au corps, l'envol jamais pris, nul jeu à monter en sifflant comme la flèche nerveuse d'un arc; à choir du plus haut comme un fuseau de plomb s'accélérant vertigineusement; à planer de plaisance et se laisser porter et caresser par l'air.

En cette condition d'impuissance, tout se tourne contre soi, se fait rentrant, abréviant, inarticulant. Les abords de l'être se font frontières versant vers le dedans, rebroussées toujours et s'engloutissant comme un cratère qui mange l'une après l'autre ses successives embouchures. Croûtes durcies qui apparemment le bordent, alors que son finir lui vient du dedans, de ce mouvement de s'approfondir et de se décreuser sans cesse, d'abolir ses contours en s'encavant et s'avalant à mesure. A chaque fois qu'un bord se cuit et sèche, qu'une bouche s'arrondit et qu'elle semble former un visible disant, se donnant un aspect dehors, laissant deviner ou lire ce qui serait, au-delà de la stase d'être, un 'puissêtre', un 'soit'; à chaque fois, un bouillonnement fait fondre les commissures, choir l'ourlet des lèvres dans l'intérieur incandescent et l'engloutit dans l'informe.

Le mouvement naturel ira toujours vers la formation, par arrondissement et durcissement, d'un organe, et vers la mise en train d'articulations à travers lui. Dans les conditions qui sont les nôtres, la stance de l'uniment être à part soi prévaut sur ce mouvement et ramène à la condition malaisée.

Un pathos de la soutenance et de la fermeté pourrait renouer avec des motifs familiers, méritoires et stoïques. Une "résolution" existentielle permettrait de tenir, avec sens et dignité, la position. Jamais rien cependant ne pourra voiler le fait de l'instable nouage en ces points où l'endurance semble se tenir debout, à y parvenir de si grande justesse qu'elle en retient son souffle. Ces nœuds sont toujours coulants: avec la lenteur parfois de cordages qui amarrent des bâtiments et cèdent dans le chanvre un pouce dans les journées; à la vitesse ailleurs sifflante d'un rets qui casse et file à travers son anneau.

Oui, ces stases se défont, souvent jusqu'en leurs fondements, et sont à réédifier, encore et encore, avec patience. Du simple fait que l'être à part soi ne cesse d'être résonant d'ébauches articulatoires, rien que des commencements d'un dire qui ne va dès lors qu'en soi et ne perce qu'en un vide au-delà; il se fend sur ses parois en une béance de l'autre et son incurable défaut.

Le soutenir en devient une affaire sans règle et sans souffle, étrangère à ce qu'elle est en sa nature. C'est pourquoi il n'y a ici repos en nulle attitude. Il ne se laisse rien construire contre l'épreuve ni en elle, ne serait-ce justement qu'être avec elle dans le temps jusqu'à ce qu'elle se passe. Il faut donc espérer contre ce qui ne s'endure pas qu'une station toujours s'invente qui donne l'heure ou le jour à de possibles tournures qui, dans l'inerte, surprennent. Et ravivent l'excitation qui monte à la bouche, aux lèvres et, par petites succions, fait siffler les fines feuilles tassées dans l'épaisseur du sensible.

Pour le présent, si quelqu'un s'avisait de demander ce que feraient plusieurs s'ils devaient, chacun à part soi, inventer des relances activantes de biais d'intensité contre l'inarticulation; si l'un prenait connaissance de l'autre et de son déboire, et que tous se voudraient du bien par-delà l'irrésonant entredeux qui les esseule définitivement; la réponse serait peut-être qu'ils s'interpelleraient par signes, s'entendraient pour pousser plus avant leur échange de gestes se faisant dans des puits, sous le jour, mais se devinant comme si une même nappe y affleurait, aux différents points de leur forage à l'horizon; la réponse serait qu'ils ressentiraient peut-être l'envie, après bien des tâtonnements, de convenir d'un mot d'ordre par lequel se rallierait à eux tout nouveau venant, et que, l'ayant trouvé, ils s'exhorteraient à l'acte de délivrance par ce même mot lancé de leurs voix séparées:

"Fossoyons!"

 

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Wie von Blindheit geschlagen, muss man viele Dinge beiseite werfen, will man heute nochmals die Position eines Neuen in der Welt wagen. Und man scheint am tiefsten Grund der Leichtfertigkeit angelangt zu sein, wenn es auch noch darum geht, aus diesem Neuen ein Unterfangen zu machen, zu dem sich mehrere versammeln, so dass es zu etwas Geteiltem, zu etwas Gemeinsamem wird.

Wir, die wir uns an das machen, was nicht standhalten kann, berufen uns auf diese äußerste Leichtsinnigkeit. Es ist, als wolle man versuchen, auf dem Kopf zu laufen, sich wieder zum Hugenotten zu machen und in Berlin ein unmögliches Verlangen zu säen, mehrere zu sein, um denken und fühlen zu lernen. Sich mit Kulturen, Sprachen, Geschlechtern und Geschmäckern anzulegen, vor allem aber mit den Irrungen, in denen heute fast alle sich verfangen, um ein wenig von der Kraft und viel von der Unbekümmertheit zu schöpfen, welche notwendig sind, um die Welt von ihrer anderen Seite her offen zu halten – Raum eines Leuchtens, der Wahrheit und Schönheit spendet.

Meint man immer noch, direkt auf sie zugehen zu können, diese Welt, die unaufhörlich in sich selbst Einkehr nimmt wie eine Sphäre, die zum Torus wird, dann zum Knoten und bald zur Flasche mit Eingang ohne Ausgang? Meint man, hier denke man auf deutsch, dort auf französisch, woanders auf russisch oder auf bengalisch ? Meint man, sich in langen Erörterungen ergehen zu müssen, um „Andere“ miteinander ins Gespräch zu bringen, als ob sich das Identische selbst überhaupt noch über Ähnlichkeit fassen ließe? Sind wir denn überhaupt in der Lage, uns nur für einen Moment eine andere Position des Denkens und Fühlens vorzustellen, die jenes gut gemeinte Denken, das sich darüber definiert, gegen alles Schlechte und für alles Gute zu sein, in mickrige und alberne Einzelteile zerlegt?

Also suchen wir, suchen wir: wo laufen, wo sprechen, wo lachen, wo berühren, wo sich vermischen, so dass in uns ein Ansatzpunkt und ein Schaft bleibt, eine Artikulation, von der sich ein kleiner Streifen der tausend Mäntel unserer Welt abhebt?

Wie lächerlich sind unsere Formen, uns in dieser Welt einzurichten, so unzureichend für ihre Weiten und Wendungen, welche sie sich bewusst herauszunehmen scheint, um uns den Kopf zu zerbrechen wie das Haus einer kleinen Schnecke inmitten eines knackigen Salats, den man frisch verschlingt. Ja, es ist schwer und herausfordernd, in ihren Fugen heilen Kopf zu bewahren angesichts dieses Spektakels nicht enden wollender Erschütterungen. Anblicke, die uns den Atem rauben, werden sie doch nie, wenn ihre Wandungen mit magischer Geschwindigkeit dahin ziehen, auf einen Anschlag stoßen, der ihrer Bewegung am Fluchtpunkt ihrer Verengung Einhalt geböte. 

Wo wohnen, wenn nicht an babelschen Orten und wie anders, als diese von Grund auf noch experimenteller zu machen? Drehen wir die Frage um: Könnten wir uns Orte als Bleibe vorstellen, in deren Anschein man sich von einer Verdauung zur nächsten wiegen würde? Könnten wir uns die Langeweile vorstellen, die einen umgibt, überall wo Babel nicht seine ganze Strahlkraft entfaltet? Wollen wir ihre Brachen endlos weiter abgrasen? Wollen wir die Hyperaktivität der Kandidaturen, Programme, Kommissionen und Evaluationen, der Wachstums- und Erfolgsperioden, welche uns dann blüht, wollen wir all das auf uns nehmen? Wie wunderbar schön alles an seinem Platz ist - und um Gottes Willen und aus einem besonderen Akt seiner Gnade auch an seinem Platz bleiben möge - wenn man diesen nur auch wieder verlassen kann...

Wir sind einige wenige, in denen dieser Entschluss, von dort zu scheiden, gereift ist und denen dank glücklich wehender Winde die Gunst und Inspiration eines Ortes beschieden sind. Er hat unseren Abstand bestärkt und die anfängliche Scheu überkommen, die versuchte, diesen zu überdecken. Gegen unsere frommen Anstrengungen, an Riegeln zu feilen, die geborsten sind, und Aufmärsche lautlos zu halten, die im Blickfeld der dicht behangenen schlafenden Seilschaften des Wissens kaum zu wagen waren, hat er uns, von sich aus, in einen babelschen Zustand versetzt und die Rostspuren aller anderen Halterungen in uns abgebeizt. Entlang der Absprungrampe hat er unsere Karabiner einen nach dem anderen aufschnappen lassen und uns in Trauben an den Himmel geworfen. Er ist der Architekt dieser Entfugungen und der Anstifter hinter diesen driftenden Freiheiten. Es ist dies eine Szene, die er uns bereitet hat, aus der alle Redundanzen des Ähnlichen getilgt sind. In dieser sind wir von ihm durch und durch experimentell entworfen.

Ist es notwendig, auszuführen, womit wir brechen? Oder ehern, worauf unser Experiment gerichtet ist?

Gebrochen wird zunächst mit dem, was dem Lachen widersteht.

Sodann mit dem Monolingualen und dem, was aus den beiden Komponenten des Wortes die humorlosesten Verwendungsweisen macht.

Mit dem « Akademischen » und dem, was durch dieses Wort ein ihm verwandtes aufscheinen lässt : >endemisch<, wie die Virulenz bestimmter Mykosen.

Gebrochen wird mit dem « Projekt »-Wesen und allem, was ‚in progress’ ist; damit, dass eine Hampelfrau oder ein Hampelmann vor einem nach bester Art des Zuhörens erzogenen Publikum referiert, das sie oder ihn gewohnheitsmäßig ‘spannend’ findet und der ‚Expertin’ oder dem ‘Experten’ mit anglikanischer Höflichkeit säuselnde Fragen stellt, sich manchmal gar –  Verzeihung - zur Egozentrik eigener Bemerkungen versteigend, welche damit eingeleitet werden, dass es sich um eben solche handele und dass sie auf keinen Fall zu lang ausfallen sollen.

Gebrochen wird mit dem, was sich  « Institution » nennt und in seinen Teams, Haustelefonen, Garderoben, Kaffeemaschinen, Zimmerspringbrunnen und Klos aufgeht, in seinen beim Chinesen gegenüber gekauften Gerichten in Aluminiumbehältern, von denen man noch drei weitere für seine Kollegen mitbringt – wie der verdichtete Zustand aller Heucheleien und das Eindicken einer Lüge, die immer in Arbeit ist wie die langsamen und dumpfen Kontraktionen eines Dünndarms.

Schließlich mit allem, was eine Finanzierung hat und sich damit brüstet und pausenlos dazu beglückwünscht, als gäbe es kein legitimeres Thema der Beweihräucherung; was nichts aufweckt auf seinem naiven Weg in die Höhle der matten Schatten, wo alles, was glänzt, Gold ist und alles, was Gold ist, glänzt.

-– Des weiteren mit allem, was sich „europäisch“, „westlich“ usw. gibt.

Gebrochen wird schließlich mit dem, was keinen Unterschied mehr zwischen Männern und Frauen macht aus einem so zärtlichen Streben nach einer Gleichheit, die diese einander annähert und sie miteinander versöhnt, dass einem die Tränen kommen könnten...

Kommen wir, bevor wir schließen, noch einmal auf die letzte Bruchstelle zurück – die wichtigste: darauf, dass kein Unterschied mehr zwischen Männern und Frauen gemacht wird: so trübe, als tränke er die Milch aus allen Blättern eines gewaltigen Feigenbaums, ist der Blick, dass er die Kreuzigung der Geschlechter nicht wahrnimmt, wenn man versucht, sie voll auszustrecken und zueinander parallel zu verfugen; ebenso wenig nimmt er wahr, wie das eine sich dabei das andere nimmt, um es als Pflock quer über sich zu legen, auf dem es sich ausstreckt mit gespreizten Gliedern, den Kopf nach unten, das Geschlecht in der Mitte und in der Luft, selbst des Flehens beraubt, das über die Qualen hinweg gemurmelt wird.

Ist es notwendig zu erwähnen, dass die Liste unserer Abweichungen so wenig vollständig ist, dass man sie noch lange herunterbeten könnte, ohne der letzten Perle ihres fröhlichen Rosenkranzes näher zu kommen? Es ist aber auch ein Rosenkranz der Schmerzen, jedoch das inständig bejahend, was ist und was uns aus dem zuteil wird, was sich einst der Sybille entrang, aber noch immer nachhallend, die raunende Kunde aus Jahrtausenden zu uns klingen lässt. In Fragmente fasste sie ein Denker aus Ephesos.

Sagen wir also noch einmal, dass alles in bester Ordnung und an seinem Platz ist; dass die Figur der Welt, wie sie sich uns heute zeigt, mit Notwendigkeit da ist und dass es zumeist schwer ist, einen Ersatz zu finden, der besser wäre als sie; aber auch, dass sie mit ebenfalls sehr großer Notwendigkeit die Anti-Figuren ihrer, häufig fröhlichen, Flucht hervorpresst, knetet, in Formen gießt und ernährt.

Sagen wir zum Schluss, dass unser Experiment, wenn es auch fröhlich im Abbruch ist, von allergrößtem Ernst – das Wort musste fallen - getragen ist. Ein Ernst jedoch, für und gegen den man nichts kann, der von den Dingen ausgeht, wenn sie verlangen, gedacht und gefühlt zu werden in Horizonten, die sich auf merkwürdige Weise aufspannen und mit sich selbst verflechten; wo grundsätzlich die Gedanken nicht zu Ende gedacht werden können und wo die Oberflächen der Affektion sich so weitläufig und resonant ausdehnen, dass das Fühlen jedwede Bestimmtheit zu verlieren scheint.

Sagen wir also auch, dass unserem Experiment eine sehr alte Fragestellung innewohnt, und zwar jene der Bildung – im doppelten Sinne, wobei  die Technik der Lehre dicht an das Unscharfe einer paideia rückt, welche manchmal den Jüngeren zuteil wird, stets jedoch dort aufgeht, wo eine Bildung am Stoff des Menschen – aber was ist das? – vollkommenere und schönere Figuren hervorbringt.

Diese Frage ist es schließlich, von der aus der Reichtum unseres Experiments Gestalt und Gewicht annehmen wird. Auch eine gewisse Schwere, die es zweifelsohne stören wird. Aber ohne Störung ist kein Experiment zu machen und das unsrige kann sich glücklich schätzen, dass ihm diese nur aus der Verdichtung einer Arbeit entstehen wird, deren Wirtspflanze es selbst ist und ihm eines Tages – so wäre zu wünschen – notwendigerweise die Stattlichkeit einer Buche und den Glanz ihrer Rinde verleihen wird.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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JEAN CLAM

GANSE

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